...// Châtiment de l'orgueil \\...

...// Châtiment de l'orgueil \\...

En ces temps merveilleux où la Théologie
Fle
urit avec le plus de sève et d'énergie
On raconte qu'un jour un docteur des plus grands,
-
Après avoir forcé les coeurs indifrents ;
Les avoir remués dans leurs profondeurs noires ;
A
près avoir franchi vers les célestes gloires
D
es chemins singuliers à lui-même inconnus,
O
ù les purs Esprits seuls peuttre étaient venus, -
C
omme un homme mon trop haut, pris de panique,
S'écria, transporté d'un orgueil satanique :
"
Jésus, petit Jésus ! je t'ai poussé bien haut !
Mais, si j'avais voulu t'attaquer au défaut
De l'armure, ta honte égalerait ta gloire,
E
t tu ne serais plus qu'un foetus dérisoire ! "

I
mmédiatement sa raison s'en alla.
L'éclat de ce soleil d'un crêpe se voila ;
Tout le chaos roula dans cette intelligence,
Temple autrefois vivant, plein d'ordre et d'opulence,
Sou
s les plafonds duquel tant de pompe avait lui.
L
e silence et la nuit s'instalrent en lui,
Co
mme dans un caveau dont la clef est perdue.
D
ès lors il fut semblable aux bêtes de la rue,
E
t, quand il s'en allait sans rien voir, à travers
Les champs, sans distinguer les étés des hivers,
Sal
e, inutile et laid comme une chose usée,
Il
faisait des enfants la joie et la risée.


Beaudelaire, Les Fleurs du Mal

# Posté le mercredi 29 août 2007 10:01

...T_T...



Non, mais c'est pas possible!
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# Posté le mercredi 29 août 2007 19:15

Long hard road out of hell...


Je le trouve sublimement magnifique dans ce clip, mais bon, après, chacun voit les choses différemment...^^

# Posté le jeudi 30 août 2007 14:38

Harmonie du soir



Voici venir les temps vibrant sur sa tige
Ch
aque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le
s sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
V
alselancolique et langoureux vertige !

C
haque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
L
e violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
L
e ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

L
e violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un
coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
L
e ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le
soleil s'est nodans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le
soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
To
n souvenir en moi luit comme un ostensoir !


Beaudelaire, Les Fleurs du Mal


[Ce texte est, je trouve, l'un des plus beaux]

# Posté le jeudi 30 août 2007 15:04

...'.'.'Incompatibilité'.'.'...



Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,

On rencontre un lac sombre encaissé dans l'abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L'eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n'interrompt jamais son silence orageux.

Dans ce morne désert, à l'oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D'une vache qui paît aux penchants des vallons.

Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu'allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,

Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu'on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l'air est immobile et tout semble rêver.

On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l'onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l'homme n'entend pas.

Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l'ombre transparente
D'un esprit qui voyage et passe dans les cieux.


Beaudelaire, Poèmes divers

# Posté le jeudi 30 août 2007 15:12